Julie Stephen Chheng – Illustratrice / Auteure

Le 21 novembre dernier, nous recevions Julie Stephen Chheng, illustratrice et auteure de plusieurs livres-objets

Interview Julie Stephen Chheng:

 

  • Eric Cihigoyenetche: Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle web radio, aujourd’hui nous avons le plaisir de recevoir Julie Stephen Chheng qui est une auteure et graphiste française. Bienvenue Julie, j’espère que tu vas bien, est-ce que tu peux te présenter simplement à nos auditeurs?
  • Julie Stephen Chheng: Alors merci beaucoup déjà de m’inviter, alors moi je suis Julie Stephen Chheng, je suis, voilà, auteure et designer si on peut dire, donc moi je suis spécialisée dans les projets qui sont à la fois papiers et numériques. Donc pour expliquer plus rapidement, c’est à dire que je travaille à la fois le pli, le pop up, l’objet livre et aussi le numérique, donc tout ce qui est application, données en temps réel, réalité augmentée, pour moi c’est vraiment des outils et je les mélange pour créer des histoires.
  • EC: D’accord, dans le cadre donc de Novembre Numérique, impulsé par l’institut Français dans le monde entier, nous avons l’honneur et le plaisir de t’accueillir ici à l’institut français de Saragosse pour des ateliers qui sont réservés à nos jeunes élèves. Ces ateliers intitulés Kayak vont allier le papier et le numérique. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu d’où vient cette idée de Kayak, qu’est-ce que ça comprend etc… enfin, nous expliquer un peu.
  • JSC: Alors déjà moi je très contente d’être voilà avec l’Institut Français, parce qu’alors l’Institut Français, j’ai commencé à les connaître parce que j’ai fait une résidence d’artiste au Japon il y a 2 ans, donc c’était à Kyoto, à la villa Kujoyama et c’est à ce moment là que j’ai fait mes 1ères expérimentations de stickers en réalité augmentée et du coup j’ai commencé à monter ce projet il y a un an et demi, 2 ans, et Kayak c’est avant tout normalement des parcours urbains en réalité augmentée, c’est vraiment, on place ces personnages qui s’appellent les Kayak, donc c’est des extraterrestres qui sont tombés sur Terre et qui découvrent vraiment notre monde avec des yeux d’étrangers, donc c’est vraiment, par exemple les Kayak n’ont pas autant de couleurs que nous, ils connaissent pas l’amour, ils connaissent pas la vieillesse donc voilà, donc c’est plein de chose qu’ils vont découvrir, et on place les Kayak en fait dans le, dans la ville ou dans des lieux culturels et on va inviter le spectateur à partir sur une chasse au trésor où le plus il découvre de Kayak, le plus il découvre leur histoire. Donc voilà, donc là l’atelier, c’est un peu la version atelier de ce projet là, où c’est vraiment des petits Kayaks, des stickers en réalité augmentée et on va inviter voilà les enfants à dessiner les décors, donc c’est vraiment faire plein de dessins avec les petits Kayak dedans et il vont pouvoir les animer et vraiment le dessin va se mêler à l’animation.
  • EC: Et quand tu nous parlais des paysages urbains, l’art urbain on va dire, les personnes qui vont trouver ces personnages Kayak doivent les voir aussi à travers leur téléphone ou…
  • JSC: Ouais, c’est ça, alors, voilà, en fait on… l’application est très facilement téléchargeable en 4G, elle est gratuite, donc par exemple nous on a fait un 1er test au musée de la chasse et de la nature, ça a très bien marché parce que… alors les musées ils ont souvent une problématique, c’est que le téléphone est très présent dans les musées, les gens se prennent souvent en selfie et tout et en même temps c’était d’utiliser le téléphone comme un outil créatif, donc on voulait aussi ramener un public plus jeune et surtout faire en sorte que les participants, enfin le public aille partout dans le lieu. Donc voilà donc on a fait le côté chasse au trésor ça a vraiment bien marché et du coup, voilà, en intérieur ça marche bien mais il va y en avoir aussi en extérieur, par exemple là, on a fait au Cube Numérique y a deux mois, on en a mis un peu à l’extérieur, le projet va partir à Tokyo en février et en mars à New York, à New York ça va vraiment être dehors, voilà donc là c’est juste des impressions qui résistent à la pluie et au vent quoi, voilà mais dehors ça marche très bien parce que par exemple en Argentine on va essayer de mêler les Kayak avec des fresques urbaines donc là ça va être super, ça marche encore mieux quand c’est dehors.
  • EC: Oui, bien sûr, c’est une surprise différente j’imagine pour le spectateur
  • JSC: Exactement oui
  • EC: Tu es aussi l’auteure de plusieurs livres-objets, par exemple “Poèmes en Pièces”, “Les Aventures d’un Village “, “Les Dépliables” d’autres aussi projets transmedia comme “Les Aventures Du Petit Train Postal” “Uramado” pour en citer quelques-uns. Est-ce que tu peux nous expliquer comment naissent tes idées de création, quelles ont été tes inspirations, tes envies, qu’est-ce qui t’a emmené à ce parcours en fait?
  • JSC: Alors, vaste question, alors déjà moi j’ai fait les Arts Décoratifs en image imprimée, donc vraiment, on a appris toutes les étapes de fabrication d’un livre, donc illustration, naration, graphisme, reliure. J’ai vraiment adoré et il y a une rencontre très importante pour moi, c’était un workshop de 2 jours avec Katsumi Komagata, un designer japonais qui fait plein de livres à système en fait et du coup à ce moment là je me suis vraiment rendu compte que… bin je me suis intéressée aux livres et le livre en fait, c’est à la fois des mots, des illustrations mais ça peut être aussi le geste et comment on raconte un peu une histoire à travers les gestes de façon interactive. Et alors j’ai écrit un mémoire qui s’appelle “Interactivité et mouvement du livre papier au numérique” et j’ai étudié vraiment le monde de l’étition depuis le tout début jusqu’aux dernières avancées tecnologiques. Donc voilà, donc là c’était très théorique et après pour allier la théorie à la pratique, j’ai rejoins Volumique, donc c’est un studio de création qui mêle le tangible et le numérique dans le domaine du livre, du jeu de plateau et du jeu vidéo, donc on travaille vraiment avec des développeurs, avec des game designers, avec des designers interactifs, on est vraiment une équipe soudée et du coup voilà, j’ai fait des livres qui sont à la fois papier, pop up en pièce effectivement, c’est des pop ups qui se combinent, c’est un jeu de texte et de construction d’espaces, “Les aventures d’un village” c’est vraiment un livre à pli, “Lpluie à midi” là c’est vraiment un livre et une application, l’application elle évolue en temps réél avec la météo donc voilà là il fait super beau mais hier il pleuvait, si il pleut, il pleut dans l’application, si il neige, il neige dans l’application, voilà donc c’est plein de petits systèmes mais ce qui est toujours important c’est, on revient à l’essentiel, c’est vraiment pour moi, c’est de outils, que je travaille en papier ou en numérique c’est des outils, après on revient à l’essentiel, qu’est-ce qu’on a envie de raconter, voilà les usages qu’on a envie de partager avec le public, quel est l’univers graphique, enfin voilà, pour moi à la base, je suis vraiment… je viens du livre, je suis illustratrice, je suis auteur, donc c’est vraiment, ce qui important, voilà c’est ça, c’est quand même…
  • EC: Transmettre une histoire
  • JSC: Voilà, exactement, transmettre une histoire et proposer, voilà, il faut qu’il y ait de la magie quoi, il faut qu’il y ait un peu de magie.
  • EC: Comment est-ce que tu travailles tu as des, des techniques d’écriture, des matériaux que tu privilégies, des techniques numériques peut-être, le déclic pour en arriver par exemple à ces autocollants, ces stickers animés, comment t’es venue cette idée là, peut-être avec la rencontre dont tu parlais?
  • JSC: Ouais, alors moi, je pense que vraiment le coeur de mon métier c’est vraiment le prototype et moi je passe énormément de temps à prototyper, alors mon mentor s’appelle Etienne Mineur, c’est le directeur de Volumiques, voilà, Etienne il m’a offert mon 1er stage à Volumiques et m’a vraiment suivi et au tout début de Volumiques on avait vraiment cette façon de travailler où on prototypait énormément, voilà, on imaginait plein plein de systèmes, plein d’idées qu’on filmait souvent on avait vraiment cette envie de partager ça avec des étudiants avec plein de gens différents, avec des auteurs aussi, et du coup, pour moi c’est un peu, comment dire, faut vraiment mêler l’histoire qu’on a envie de raconter avec l’outil qu’on va utiliser, il faut vraiment bidouiller quoi. C’est à dire que c’est vraiment, quand on va coder un petit peu, dessiner un peu, faire des petites constructions en papier qu’on va avoir l’idée à la fois de l’histoire et de quel va avoir l’objet quoi, quel va avoir le projet quoi
  • EC: Ouais, le support quoi
  • JSC: Voilà, et du coup après c’est… je parle beaucoup avec mon équipe, j’ai une équipe avec qui je travaille tout le temps, le même développeur, le même animateur, le même designer et c’est vraiment un échange, voilà, “qu’est-ce que t’en penses? Ah oui, moi je pense qu’il faudrait faire ça” et puis aussi après avec le public, c’est… voilà “Le train postal” par exemple, c’est un financement participatif par exemple, donc là c’est un projet que j’ai fait y a deux ans, il aurait jamais pu être édité… c’est tellement un projet ovni, c’est vraiment, c’était construire des paysages en réalité augmentée mais à partir de formes en papier découpé, donc là c’est vraiment, c’était trop crossover quoi et du coup, voilà, donc le public il faut voir aussi est-ce qu’ils aiment ça, est-ce qu’ils ont envie de l’acheter, voilà, c’est avant tout, pour des projets créatifs comme ça faut que nous on puisse en vivre aussi, donc voilà, il faut trouver des systèmes, voilà mais en tout cas oui je dessine beaucoup, j’écris beaucoup aussi, voilà au départ j’écrivais plus mais mais bon…
  • EC: Toujours dans le cadre de l’événement Novembre Numérique, nous proposons donc à la médiathèque aujourd’hui une exposition… bon, aujourd’hui non, tout le moi de novembre, une exposition innovente qui s’appelle “Machine à lire” qui représente plusieurs oeuvres qui reconsidèrent la relation entre l’auteur et le lecteur, une des oeuvres présentées est ta création “La pluie à midi” on en parlait juste à l’instant aux éditions Volumiques, aussi on en parlait, composée d’un livre et d’une application, est-ce que tu peux nous expliquer un peu l’histoire de cette création, pas forcément l’histoire, le scénario sinon voilà, un peu ce que… comment est-ce que tu en es arrivée à te dire, on va faire ça quoi.
  • JSC: Oui, alors, comment on en est arrivé là… alors déjà “La pluie à midi” c’est un projet qui est parti d’un prototype, là c’était vraiment, alors, la base de la base, je voulais mettre des ailerons en papier sur des ipads, pour faire comme si la surface de l’ipad c’était la surface de l’eau, donc c’est vraiment tout ce qui dépasse de, voilà tout ce qui est posé sur l’ipad c’était vraiment  comme si ça dépassait de l’eau, c’est vraiment une idée, juste très visuelle, très poétique au départ et après, petit à petit, alors, pour tout te raconter, j’ai regardé un documentaire sur les requins, horrible, où en fait on découpait l’aileron du requin
  • EC: Oui, et on les rejette
  • JSC: Voilà. Alors ça, ça m’a marqué je sais pas pourquoi et donc j’ai commencé à raconter l’histoire d’un petit poisson Joe qui veut absolument ressembler à des requins, il se met un aileron sur le dos et il croit qu’il est plus fort, en fait, pas du tout, son aileron va partir au loin, il va faire le tour de la planète pour retrouver son aileron, en fait c’est un parcours initiatique basique, mais finalement, à la fin il se rend compte qu’il n’a pas besoin de son aileron, et y a tout un rapport aussi avec la météo parce que c’est la tempète qui lui a pris son aileron enfin bon voilà et du coup voilà, je voulais un peu jouer avec la tablette sur des, comment dire, sur des fonctions qui sont vraiment propres à cet outil numérique. Donc par exemple les données en temps réel, c’est vachement intéressant, c’est à dire que la tablette elle sait où est-ce qu’on est localisé, elle sait la météo qu’il fait et comment relier le monde de l’utilisateur avec ton histoire, ça c’est un lien qui est très très magique même pour un enfant, se dire voilà, il fait nuit il est 21h, bin tout d’un coup dans l’application, les poissons de jour ils disparaissent, y a les poissons de nuit qui arrivent, c’est une autre ambiance beaucoup plus, voilà nocturne, voilà donc c’est vraiment parti de là, après au delà de ça, moi j’ai beaucoup travaillé avec le service jeunesse, on a fait une expo, on a fait plusieurs choses, et c’était, c’était allier vraiment les 2 outils mais pour raconter les 2 facettes d’une même histoire, donc “La pluie à midi”, le livre, c’est vraiment une histoire linéaire, voilà, je joue avec l’objet livre, j’ai essayé de faire un beau livre, avec des petits ailerons en papier et l’ipad, c’est plus une application où là c’est vraiment raconter la même histoire mais de façon très interactive avec des animations, avec des mini-jeux et en même temps j’ai relié les 2 supports avec une sorte de puzzle mi-papier, mi-numérique, voilà avec ses petits ailerons en papier qui complètent des tableaux voilà, dans l’application.
  • EC: Et tout ça, ça… la base du projet jusqu’à la réalisation, la finalisation du projet, combien de temps ça prend à peu près?
  • JSC: Alors, ça c’est une grande question, on va pouvoir parler de financement aussi. Oui, alors ça c’est un de mes plus grands projets donc, j’ai pas travaillé à plein temps dessus, mais j’ai commencé ce projet en 2013-2014. Le moment où on l’a sorti, c’était en 2018 donc ça fait presque 4 ans de financement, de prototype etc… bon après en temps réel j’y ai pas travaillé pendant tout ce temps là mais, voilà, c’est des projets longs, oui, et puis, même au niveau des financements voilà, on est soutenus par le Centre National du Livre et le Centre National Cinématographique, donc c’est vraiment, voilà, on est presque dans la recherche pour pouvoir travailler comme ça.
  • EC: Donc pour terminer, actuellement, est-ce que tu es sur des projets de création, des choses en cours de préparation, ou là, je viens de comprendre que tu viens de terminer “La pluie à midi”… petit temps de pause ou…
  • JSC: Non mais… alors “La pluie à midi” ça fait longtemps qu’on l’a fini l’application, là c’est plus… enfin, l’application on l’a terminé y a plus d’un an, après c’est la sortie, donc là c’est plus de la com, de la presse donc voilà c’est un autre… c’est quand même du boulot mais c’est un peu à côté. Non, non en ce moment c’est vraiment Kayak, c’est vraiment un projet que j’adore, je trouve que c’est vraiment, c’est dans l’air du temps, c’est, les  lieux ont besoins de ça, ont besoin d’avoir des événements et en même temps des ateliers pour vraiment être connectés avec le public, c’est très ludique, c’est très participatif, je trouve l’histoire très simple et ça peut parler à tout le monde, en sous-histoire on peut parler aussi, voilà qu’est-ce que c’est voilà d’être étranger, de se sentir étranger, de sentir l’autre étranger, c’est vraiment un hymne à la découverte et à la tolérence aussi, voilà donc moi c’est vraiment Kayak, en parallèle de ça je suis en train de… j’ai déposé aussi des financements pour un projet qui n’a rien à voir, c’est, alors là c’est vraiment de l’écriture pure, c’est presque un roman. Alors comment expliquer, alors en gros, depuis… je sais pas si tu connais “futureme.org”?
  • EC: Non, je pense pas…
  • JSC: Alors en fait c’est un site où on peut s’envoyer des mails dans le futur
  • EC: Ah ouais? d’accord
  • JSC: Donc en fait moi, depuis 2006, 2007, je m’envoie des mails dans le futur assez régulièrement, on est plusieurs en fait on est 5 filles, on est 5 copines à faire ça, voilà et puis en fait j’ai voulu, voilà, raconter un peu cette histoire parce qu’en fait on se rend compte que c’est complètement idiot de faire ça, enfin de parler avec soi dans le futur. C’est à dire qu’en gros là, y a 2 semaines j’ai reçu un mail de y a 7 ans.
  • EC: D’accord…
  • JSC: Ça fait très peur, clairement, le truc ça fait flipper, parce qu’on se rend compte qu’on est plus du tout dans la même temporalité et en fait ce que je trouve assez intéressant, c’est que, bin voilà on va pas se mentir on est dans une période où tout le monde ne pense qu’au futur, on s’identifie qu’au travail, on est complètement lobotomisés dans tous les sens et en fait, c’est dire que le mail c’est un peu son identité, enfin, c’est un peu voilà, on sous entend qu’on va pas changer de, d’adresse mail toute sa vie. Et en fait quand on va sur le site y a des lettres publiques et c’est super bizarre, c’est à dire qu’on peut voir des gens qui se parlent clairement dans le futur mais aussi on voit par exemple des parents qui écrivent des mails à leurs enfants pour quand ils vont devenir grand. Et y a des mails, enfin moi je me suis envoyé des mails pour quand je vais avoir 60 ans quoi.
  • EC: Ah oui d’accord, oui
  • JSC: Donc voilà, c’est aprler un peu de ça et c’est parler un peu de nous, le 5 filles, de la transition voilà de 20 à 30 ans, de parler de cette époque là. Donc là on est plus dans l’enfance mais en même temps voilà, c’est quand même un outil
  • EC: Ça a quand même un côté poétique aussi
  • JSC: Voilà, c’est un peu…
  • EC: Que reste-t-il de mon “moi” d’il y a 10 ans?
  • JSC: Exactement, bin en fait, il reste plus rien… oui voilà, donc ça c’est vraiment un projet mais qui est vraiment à la phase d’écriture, là on est plus… là on va passer en production pour terminer le projet, donc là dans 2 mois, 2 mois et demi il est vraiment terminé, Kayak sera vraiment terminé.
  • EC: Bon bin bon voyage avec Kayak alors, tu m’as dit avant que tu allais à New York, en Argentine aussi?
  • JSC: Alors l’Argentine j’en reviens, j’y étais la semaine dernière et ça va être Tokyo normalement et après New York en mars.
  • EC: Voilà, bin profite bien, et fais rêver les gens parce que c’est super, voilà.
  • JSC: Ah, merci
  • EC: Merci beaucoup Julie et bonne continuation et à bientôt!
  • JSC: Oui, merci beaucoup !