Entrevista de Olivier Bourdeaut

Le 1er juin 2017, Olivier Bourdeaut était à la médiathèque pour nous présenter son roman “En attendant Bojangles”

 

 

Bonjour, aujourd’hui, nous recevons Olivier Bourdeaut, auteur d'un premier roman paru aux éditions Finitudes.

 

Bonjour, merci de me recevoir.

 

Bonjour Olivier, merci d'être avec nous ici aujourd'hui. Comme première question, j'aimerai que vous vous présentiez rapidement en fait.

 

Ah moi, pas mon roman mais moi...

 

Voilà, pas votre roman mais vous...

 

Mon dieu, mais c'est... j'ai 36 ans, j'ai une taille en dessous de la moyenne, c'est assez désespérant parfois... Euh, je n'ai pas fait grand-chose de mon existence, j'ai beaucoup échoué, euh... Voilà, j'étais mauvais à l'école, mauvais dans les boulots que certains patrons ont eu la gentillesse de me confier, je suis globalement assez heureux, très optimiste et assez enthousiaste, voilà. La première chose bien que j'ai faite dans ma vie, j'ai l'impression, en tout cas c'est ce qu'on me dit, c'est mon roman. Voilà il a fallu attendre 35 ans pour que je ponde quelque chose de convenable.

 

Il ne faut pas être pressé de toute façon dans la vie.

 

Non, non, non, j'avais plutôt intérêt à être patient.

 

Voilà, vous avez bien fait. Donc alors, en 2016, vous avez publié “En attendant Bojangles”, qui est votre premier roman publié. Ce n’est pas votre premier roman, ce n’est pas votre premier jet on va dire.

 

Oui, vous avez bien enquêté.

 

J'ai bien enquêté et alors, j'ai trouvé une chose assez surprenante, c'est que vous avez apparemment écrit ce bouquin assez rapidement, c'est à dire en sept semaines à priori, donc c'est quand même court pour écrire un roman je pense.

 

Et bien finalement, c'est vrai que énoncé comme ça, ça a l'air assez court. J'écris trois pages par jour en moyenne, donc vous faites le calcul, c'est assez, ça ne fait pas tant que ça finalement. Enfin ça représente beaucoup de travail, je crois que je n'avais jamais autant travaillé de ma vie, sauf pour le premier roman qui n'a pas été édité, euh, mais bon, c'est pas non plus surhumain, c'est trois pages par jour, je crois qu'il y a des aînés et des auteurs flamboyants qui peuvent écrire dix pages magnifiques voire vingt. Je ne suis pas dans une moyenne très très haute. Et il est court, c'est un roman assez court.

 

Attendez, il est court, il est court, il fait quoi, 150 pages?

 

150 pages, c'est rapide mais ça n'est pas non plus un exploit.

 

Et pour en revenir... vous avez une méthode de travail particulière, c'est-à-dire, vous avez une routine le matin...

 

Alors oui, en fait euh, donc je suis assez paresseux comme garçon, j'ai une vie assez en désordre, et j'ai considéré dès le moment où je me suis mis à écrire qu'il fallait que je fasse ça avec beaucoup de rigueur. Et ça impliquait que je change radicalement de rythme pour que je rentre dans un autre rôle ou une autre peau en quelque sorte. Je me levais à 5h30...

 

Ah oui, quand même !

 

Oui, et ça a plusieurs intérêts. D'abord, ça cassait mon rythme habituel. Ensuite, forcément 5h30 quelle que soit la saison, il fait nuit, et j'aime bien cette idée que le monde ne bouge pas autour de moi. Enfin il bouge dans d'autres continents mais je ne rate rien, il n’y a rien qui se passe, il n’y a pas de dépêche AFP, mes amis ne sont pas levés, enfin je n’ai pas l'impression de passer à côté de quelque chose quoi. Voilà, ce qui fait que quand j'écris 3 ou 4 heures, ensuite c'est une autre journée, une vraie journée qui commence. Je ne suis pas en décalage avec le monde, voilà, c'est ça, ça me plaît. Et puis il y a autre chose, c'est que je me lève, je saute sur mon ordinateur, je me fait couler du café, je mets de la musique, je m'allume une cigarette et je suis encore un peu dans la torpeur du sommeil. Et la torpeur du sommeil, la plupart du temps, ça me semble plus simple, il y a des idées qui viennent et je trouve que j'ai plus d'audace au réveil. Voilà, peut-être parce que je ne sais pas trop ce que j'écris, ce que je fais, voilà, il y a des idées qui viennent plus facilement. Vous savez tout.

 

Oui, mais c'est, c'est super... Je vais juste insister un tout petit peu sur ces 3 pages que vous écrivez par jour, est-ce que vous... donc ce travail de 3 pages par jour, j'imagine vous les retravaillez ?..

 

Alors oui, c'est un objectif 3 pages par jour. Je mets généralement une semaine avant de rentrer vraiment dans mon texte, c'est-à-dire que la première semaine c'est toujours très pénible, je n'avance pas vite, je bute, il m'arrive parfois de me tenir la tête entre les mains pendant 10 minutes de suite en me demandant pourquoi j'ai choisi d'écrire des romans, c'est souvent désespérant. Et au bout d'une semaine, il y a une gymnastique qui se met en route et ça devient beaucoup plus fluide, beaucoup plus simple, déjà j'ai le texte en tête, j'ai tout, les personnages sont revenus, les habitudes d'écriture et là, à ce moment-là, je dépasse souvent cet objectif, voilà. Mon éditrice se moque de moi parce que je suis vraiment un maniaque du chiffre, franchement, j'étais très mauvais en maths mais j'ai considéré quand j'ai commencé à écrire qu'une page faisait 240 mots, et donc, voilà, 240, 480, etc... et ensuite je fais mes statistiques personnelles, je passe mes journées à faire des stats, c'est débile, c'est uniquement pour moi, ça me stimule. Alors, parfois j'abandonne à 2,7 par exemple, alors je me sens pas bien pendant la journée, je me dis c'est un peu nul, voilà. Et quand je dépasse les trois, j'ai une conscience parfaitement tranquille, alors que c'est un objectif que je me suis fixé tout seul, je veux dire, personne ne me dit « avance »...

 

Et si vous dépassez les 3, ça compense pas les 2,7 de la veille ou...

 

Bin non parce que la mauvaise conscience existait, je ne peux pas rattraper la mauvaise conscience de la veille, c'est difficile. Donc voilà, chaque semaine je fais... et globalement, quand j'ai une période d'écriture, j'aime bien avoir des périodes assez longues, 30, 40 jours, bin j'atteins mes objectifs. Finalement, je suis toujours en …  je suis toujours autour de 3,2 pour être précis. (rires) Je vais passer pour un débile...

 

Vous êtes quand même, comme un petit sportif là... c'est ça ?

 

Ouais, c'est bizarre mais j'ai besoin de ça. C'est la première fois que j'ai une conscience professionnelle voilà, auparavant je m'en moquais, et là voilà, et en plus, c'est une conscience que je m'impose, j'ai pas de patron, j'ai pas de comptes à rendre, voilà, ça s'appelle la conscience.

 

Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu de ce roman, “En attendant Bojangles”, l'ambiance générale, si vous voulez rentrer un petit peu dans les détails, c'est vous qui voyez. L'ambiance générale, peut-être que c'est bien.

 

Alors, bin écoutez, il s'agit de l'histoire d'une famille de trois membres, un père, une mère, un fils, et cette famille vit dans un immense appartement. Cet appartement est pour eux le symbole de l'anticonformisme, ils vivent hors du temps, hors des conventions, ils marchent hors des clous, dans une joyeuse fantaisie. Ils passent leur vie à danser, à faire la fête, il n'y a pas d'horaires. Pour le coup je ne crois pas qu'ils aient de statistiques eux, j'ai l'impression que ce sont des gens qui vivent sans statistiques et grand bien leur fasse puisqu'ils ont l'air d'avoir bonne conscience. Ils vivent dans une fantaisie inconsciente et insolente. Tout se passe bien, ils ont un immense oiseau qui déambule dans l'appartement, ils ont un ami sénateur qui s'appelle affectueusement « l'ordure » et qui leur a permis de gagner beaucoup d'argent. Et un jour, l'un des membres, la mère, va passer d'une folie douce à une folie dure et c'est la manière dont les deux autres membres de cette famille vont s'occuper de cette folie. Il y a des voies académiques et ils ne choisissent pas une voie académique. Voilà ce que je peux en dire, ça vous convient?

 

Ça me convient tout à fait...

 

Vous avez l'air satisfait...

 

Ah mais je suis tout à fait satisfait, d'ailleurs je conseille vraiment vivement aux auditeurs de se pencher sur ce roman si ça n'est pas chose faite...

 

Alors, se pencher oui, le lire ensuite…

 

Oui, de le lire bien entendu, de le lire. Voilà, bin on retrouve justement cette petite malice là que vous avez, enfin que je retrouve moi en discutant avec vous et ça fait plaisir

 

Mais c'est très gentil !

 

Ça fait plaisir et ça met de bonne humeur voilà, franchement. Donc justement, tout ça, ça a porté ses fruits quand même...

 

Oui, de gros fruits bien mûrs.

 

De gros fruits bien mûrs, voilà

 

Bin oui, c'est la première fois que je rends autre chose que des raisins secs

 

Oui, mais c'est pas pour rien, je veux dire, sans véritable travail j'imagine que ça n'aurait pas donné ce que ça a donné.

 

Bin écoutez, c'est gentil.

 

Et donc je voulais savoir,  donc effectivement ce succès vous est un petit peu tombé dessus, vous ne vous y attendiez pas vraiment?

 

Alors, là c'est un raisonnement particulier un peu tortueux. Quand on écrit, on souhaite être lu, et on souhaite être lu par le plus de monde possible. Il y a des auteurs qui disent “je n'écris pas pour être lu” je crois que ce sont des menteurs. On écrit tous pour être lu et le plus possible. Par conséquent, dès que j'ai commencé à écrire, j'ai souhaité être lu. Le premier, ça a été un fiasco puisqu'il a été lu par 50 personnes, mes proches que j'ai harcelé. Et le deuxième, je lui souhaitais un destin, voilà on souhaite que son travail ait le plus de... non pas de succès mais de reconnaissance en tout cas. Le processus d'un livre qui marche c'est souvent d'être adapté au cinéma etc, donc tout ça j'y avais pensé, je l'avais fantasmé, je l'avais rêvé. Ça n'est pas parce que je l'avais rêvé que je n'ai pas été surpris quand c'est arrivé. Vous pouvez souhaiter quelque chose très fort et quand ça arrive vous êtes quand même surpris. Alors, vous voyez ce que je veux dire?

 

Oui, oui, tout à fait

 

C'est pas une surprise totale en disant “tiens c'est fou, dis donc il y a des gens qui lisent mon roman”. Je suis content de l'ampleur que ça a pris mais voilà.

 

Non, c'est le fait peut-être d'être, de voir se concrétiser ce fait là qui doit être... oui, oui

 

C'est hallucinant, il y a des scènes que j'avais imaginé dans mon lit, parce que j'ai des insomnies heureuses, non, c'est vrai depuis très longtemps j'ai des insomnies heureuses, mais ces insomnies ne sont pas liées à des ennuis, des tracas ou l'angoisse du lendemain. Mes insomnies sont liées à l'impatience du lendemain, parce que comme je végétais je me projetais tout le temps dans un futur formidable, donc... et j'avais même pensé à ce qui pouvait se passer comme titre et tout et j'avais trouvé un titre qui disait: “Olivier Bourdeaut fait danser la folie” et c'est Les Inrockuptibles qui au bout de trois semaines après la sortie du roman avaient marqué “Olivier Bourdeaut fait danser la folie”. Je me suis dit c'est incroyable, c'est la première fois de ma vie que je rêve de quelque chose... c'est atteint. Bon ceci dit, ce n’est pas très original comme titre. Mais bon je l'avais en tête et puis c'était plutôt... enfin voilà. Et il y a mille chose qui se sont passées comme ça parce que comme je suis un grand rêveur, ça fait 35 ans que je rêve, forcément il y a des choses qui se passent.

 

C'est beau de rêver, il faut savoir... il faut continuer...

 

Oui, après, je vais vous dire une chose, c'est... si mon roman n'était pas sorti, aux yeux de mes proches je serais encore le crétin qui rêve, ou le crétin qui s'acharne. Il suffit d'un contrat d'édition pour changer tout. Mais si le livre n'était pas sorti, je gonflerais mes amis en leur disant: “je me lance dans l'écriture d'un quatrième roman” et là ils me diraient « bon, ça commence à bien faire ».

 

Du coup, ça a changé un petit peu ce succès, vos habitudes, votre vie quotidienne, vos...

 

Ah bin écoutez, oui, à tout point de vue. Déjà, j'écrivais pour être seul et pour être libre. Et je n'ai jamais été aussi euh...

 

Entouré…

 

Entouré, et je ne suis plus libre du tout. Voilà c'est le seul échec de mon... mais bon c'est un échec sympathique, parce que je suis entouré de gens sympas, comme vous !

 

Ah mais je vous remercie...

 

Non mais c'est vrai, mais bon...

 

Vous avez déjà entamé la suite...

 

Bin j'avais déjà commencé à écrire un autre roman parce que je comptais m'acharner avant que le livre ne sorte et... et bin là je le continue, mais je n'ai plus le temps et je n'aime pas ça, je suis pressé, j'écris sous pression.

 

Par contre, du coup le fait de ce succès de votre premier roman, ça n'a pas remis en question ce que vous aviez déjà écrit pour le prochain?

 

Non, peut-être que les lecteurs le regretteront, mais non, je continue dans la même veine, je voulais faire quelque chose de différent, donc ça sera différent, ça sera un peu plus dur, j'espère que ça sera drôle mais avec une autre sorte d'humour, nous verrons bien. Non, je m'apprête à décevoir beaucoup de gens.

 

Moi, je ne pense pas que vous nous décevrez, sincèrement...

 

Bin je ne sais pas, je l'écris, je suis content, j'ai envie de rendre un travail honnête, enfin qui me semble honnête. Après je ne sais pas si mon honnêteté rencontrera celle du public. Pour Bojangles, ma sensibilité a rencontré celle du public, mais parfaitement. Ça a épousé les attentes... voilà, c'est une alchimie rare, je ne sais pas si ça se renouvellera.

 

Oui, mais bon, de toute façon, ça c'est déjà acquis donc voilà maintenant...

 

Oui, c'est formidable, ça m'emmène à Saragosse, voilà...

Vous avez fait une petite tournée en Espagne là c'est ça?

 

Ouais, bin je vis en Espagne.

 

Ah vous habitez là, oui d'accord

 

Je vis à Altea sur la Costa Blanca, je suis très heureux. J'étais à Barcelone, dans des conditions magnifiques, j'ai rencontré mes éditeurs espagnols qui sont charmants, j'étais à Madrid hier, Saragosse aujourd'hui, Bilbao demain, la vie est belle.

 

La vie est belle, ah ouais, ouais, super. Je vous remercie d'avoir répondu à ces quelques questions et je vous souhaite la meilleure continuation possible.

 

Mais c'était très sympathique, j'ai passé un bon moment.

 

Merci et à bientôt

 

Merci

 

Au revoir.

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