Entrevista de Florence Vanoli

 

À l’occasion du printemps des poètes, Florence Vanoli était à l’Institut Français le 28 février 2017.

 

Bonjour à tous, aujourd’hui nous recevons Florence Vanoli, auteure de plusieurs recueils de poésie et d’une pièce de théâtre. Bonjour Florence, pouvez-vous nous présenter votre dernier ouvrage?

Alors en fait, j’ai deux derniers ouvrages : “Ce nuage à côté de toi” qui est ma pièce, ma première pièce de théâtre qui a été publiée avec l’aide du CNL et qui a été sélectionnée aux écritures contemporaines pour le théâtre aux côtés de Nancy Houston pour “ligne de faille” ; et un livre, mon dernier livre de poésie, qui est publié aux éditions Arte Activo, qui s’appelle “Pierre d’attente”. En espagnol, c’était très difficile de traduire “Piedra saliente” mais une pierre d’attente en fait dans l’architecture, c’est une pierre qui attend une autre pierre pour la construction. C’est-à-dire qu’un ouvrier, un maçon, il arrive, il fait pas son bâtiment en une seule journée, donc il y a ces pierres qui dépassent de l’édifice et, en fait ce petit bout de pierre qui dépasse de l’édifice, ça s’appelle la pierre d’attente.

Très bien, c’est très clair…

Et en français en fait, par exemple ce matin quand j’ai animé mon atelier d’écriture avec les premières du lycée français de Saragosse, et bien pierre d’attente ça leur a plutôt évoqué un banc d’attente, un banc où on attend peut-être quelqu’un qu’on aime, où l’on va pour rêver et penser…

Oui, une notion un peu plus poétique, un peu plus abstraite du coup.

Oui, et c’est ce que j’aimais dans les deux. C’est qu’il y avait ça, et ça correspond vraiment à la manière dont j’ai écrit mon… pierre d’attente puisque je l’ai écrit en correspondant avec un peintre qui s’appelle Michel Allègre. Et donc on s’était fixé comme contrainte, tous les jours, mais c’était vraiment… il m’envoyait des, des… ses peintures ou ses dessins et moi tous les jours j’envoyais en fait des poèmes et alors parfois j’envoyais un poème avant que lui m’ait envoyé un dessin ou inversement, après il m’envoyait des photos, j’envoyais des photos, j’envoyais mes propres dessins etc… et donc tous les jours il y avait cet échange et ensuite, on a fait ça pendant trois mois, et à la fin il a fallu choisir parce qu’on avait un corpus très très gros et surtout lui de son côté en fait il a dessiné tout type de dessins, il n’y avait pas une architecture graphique très précise en fait...

Et il faut préciser aussi que ces dessins se sont retrouvés sur le livre…

Voilà, on a dû choisir au final pour essayer de trouver une harmonie graphique… voilà.

Un fil conducteur entre les deux…

Voilà, donc du coup la pierre d’attente c’est à dire que moi j’attendais, parfois je… et lui aussi il attendait de son côté et ça tombait bien, et un jour il y a eu cet échange, il m’a mis “pierre d’attente” et donc… Mais après quand j’ai demandé aux amis espagnols de me traduire ça en ayant tous les sens dont je vous ai parlé, j’ai eu plein de propositions, et en fait celui qui l’a trouvé c’est mon traducteur, qui est le traducteur, Alonso il s’appelle, c’est le traducteur de Bolaño, l’écrivain chilien.

D’accord, ok, ok. Et donc votre livre on peut le trouvre ici en Espagne bien entendu, on a les deux, la version en français et la version en espagnol dans le livre.  On va continuer un petit peu avec la question suivante comment est-ce que vous vous êtes retrouvée à écrire de la poésie?

Depuis toujours

D’accord, voilà, c’est-à-dire, il y en a certains qui deviennent musiciens, d’autres danseurs et d’autres poètes.

Oui, ah, c’est… oui. La musique, la différence avec la poésie c’est que moi j’ai besoin d’un traducteur quand je viens ici.

Et donc le passage un peu entre le fait d’écrire de la poésie et l’idée d’en faire peut-être son métier, comment ça s’est concrétisé un peu tout ça, le rapport avec les maisons d’édition etc ?

Quand j’étais plus jeune, j’ai essayé d’envoyer mes manuscrits et je n’ai pas… aux grandes maisons d’édition françaises et je n’ai pas eu de réponse positive et donc j’ai abandonné mais par contre j’ai continué d’écrire. Et puis un beau jour, c’est grâce à l’Espagne que je suis éditée, d’ailleurs un amis qui est de Saragosse… il y a le festival de Moncayo qui est un festival international de poésie, j’étais la première française qui inaugurait la Casa del Poeta au Moncayo et donc c’est là que j’ai rencontré mon amie Angela Serna qui est poète et qui anime “Cita con la poesía” à Victoria-Gazteiz, et elle m’a mise en contact avec mon éditeur Roberto Lastre des éditions Artigo Ediciones et banco il m’a publié mon premier livre “Hier l’oiseau veuve”. Et voilà, ça s’est fait comme ça, et pour les éditions Moire, donc les éditions Moire en fait, j’ai écrit ma pièce de théâtre et je l’ai donnée à des metteurs en scène et ensuite il y en a un qui l’a créée à Bordeaux, ça a eu beaucoup de succès parce que j’étais dans les écritures contemporaines, dans le théâtre et puis le label du CNL  (centre national de lettres) et donc ça a joué 15 jours à guichet fermé en fait. C’était incroyable pour moi parce que c’était 120 personnes tous les soirs et finalement y a une éditrice qui est venue voir la pièce…

Ça, ça fait plaisir j’imagine

Oui, oui, ben oui…

Vous entretenez un rapport particulier avec le monde de la musique, vous déclamez votre poésie sur  de la musique jouée en direct. Comment est née cette idée de faire se rencontrer la musique des mots et la musique des notes?

Donc en fait la première fois que j'ai été invitée à Cita con Poesía, je me suis dit, je vais essayer de faire autre chose que ce livre et j'ai eu l'idée de contacter Stéphane Jach, on a travaillé en improvisation en fait on a fait comme un squelette de fil conducteur de musique un peu et moi je disais, je dis ma poésie comme je l'ai écrite, j'essaye de me retrouver dans l'état dans lequel j'étais quand j'ai fait le truc et voilà, et ça a marché quand nous sommes allés à Vitoria et du coup j'ai continué, j'ai... et la dernière fois que je l'ai fait là, je l'ai fait avec une pianiste, je trouve que c'est bien de... on a une image très... de la poésie... en fait très... conventionnelle.  Enfin, on a grandi, la poésie il faut la réciter et il ne faut pas se tromper, faut faire des rimes, du coup, les gens sont toujours un peu réfractaires

Mais c'est bien d'essayer d'élargir un peu le cadre de la poésie à...

Oui, moi j'adore faire des impros, ça fait très très peur mais en même temps c'est des moments qui sont magiques dans le sens où avec les musiciens il faut qu'il y ait un courant qui passe, qu'il se passe quelque chose et qu'on soit les deux à l'écoute.

Alors, j'ai envie de  vous poser une question sur votre écriture, vous disiez un petit peu, juste avant là, que vous aviez une écriture un peu particulière...

Elliptique, oui. Alors en fait si vous voulez ma... j'adore jouer en fait, ça vient de la déformation de mes études, j'ai fait mes études à la Sorbonne et donc quand on sort de la Sorbonne, on est hyper formaté sur la langue française, sur la littérature etc... Et en fait quand j'ai écrit “L'oiseau veuve”, dès le titre déjà j'annonce la couleur, parce qu'un oiseau ça ne peut pas être veuve, et ce que j'aime faire c'est déconstruire la langue en fait. Classiquement c'est le « sujet – verbe – complément d'objet direct », j'aime que le complément d'objet direct fasse les deux rôles, c'est-à-dire qu'il soit à nouveau le sujet d'un autre verbe, comme ça on glisse peu à peu... des noms communs peuvent devenir peut-être des verbes, comment on les place, pas de ponctuation, pas de majuscules. C'est une question de souffle en fait aussi. Peut-être aussi que c'est à cause de l'anglais parce qu'en anglais un mot peut se décliner en verbe, en nom, en adjectif, en petit nom, comme on veut. En français on n’a pas ces, on est très cartésiens, c'est vrai qu'avec la langue française on ne peut pas s'amuser à...

Oui, c'est sûr, il faut dérouler le tapis, c'est comme ça et c'est pas autrement.

Oui voilà. J'aime écrire comme ça en fait.

Quelque part c’est un système que vous vous êtes inventée et c'est une...

C'est la manière dont ça résonne...

Il me reste deux petites questions. Donc vous avez une association à Bordeaux qui s'appelle Mots et Merveilles, est-ce que vous pouvez nous la présenter rapidement?

Oui, bien sûr. Alors en fait c'est une association que j'ai fondée avec des amis au départ, il y a deux ans maintenant je pense, je ne sais plus trop. J'anime des ateliers d'écriture auxquels j'associe en fait d'autres artistes. Alors ça peut être des musiciens, des comédiens, des plasticiens, des graphistes, des photographes, et en fait c'est pour montrer qu'à partir du moment où on arrive à maîtriser, à mettre des mots sur ce qu'on pense, on peut maîtriser le monde, voilà. Et quand j'anime mes ateliers d'écriture, que je construis mes projets, c'est ce que je fais, voilà, c'est ce que j'essaye de proposer.

Pour finir, je vais vous poser une dernière question sur vos projets en cours, à venir.

Là je travaille sur un nouveau projet de livre qui, alors...  en fait je fais des encres, et à partir de ces encres, je prends des photos avec ombres en fait et avec cet objet photographique en fait, j'écris des textes, et mon prochain livre, il sera avec ces photos, ces encres et des textes qui seront aussi bien des poèmes que des morceaux en prose, des vraies photos également, c'est mon souhait. Et voilà, et puis j'essaye encore une pièce de théâtre...

Donc vous avez matière à … travailler

Oui, y a toujours matière à écrire quelque chose, mais il faut pouvoir en vivre, c'est, c'est très difficile.

Oui j'imagine mais il faut insister, il faut continuer. Merci beaucoup Florence, je vous souhaite une bonne soirée en tout cas ici et puis, au plaisir de vous revoir.

Merci de votre accueil,

Merci à vous

Merci, au revoir.

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