Mathias Malzieu – Autor

En el marco de la Noche de las Idea y bajo la temática de “La imaginación al poder”, Mathias Malzieu, escritor y cantante del grupo Dionysos ha venido a presentarnos su última novela “Diario de una vampiro en pijama”.


Eric Cihigoyenetche: Bonjour à tous et bienvenue dans cette nouvelle web radio, alors aujourd’hui on est content, on reçoit Mathias Malzieu, chanteur de Dionysos, auteur-compositeur-interprète au sein du groupe Dionysos, également auteur de plusieurs romans, réalisateur de films… Bonsoir Mathias, Ça va bien?

Mathias Malzieu: Bonsoir, impeccable.

EC:  Alors déjà, 1ère question  toute simple: comment est-ce que tu te définirais?

MM: Comment je me définirais… je pense que je me définirais comme un raconteur d’histoires, je pense que c’est la base de ma passion, j’aime en raconter, parce que j’aime qu’on m’en raconte, que j’aime lire, voir des films, écouter des disques, et débusquer un petit peu, des, ce qui sont pour moi de véritables trésors, ça peut être un 45 tours, ça peut être un livre, ça peut être un film, ça peut être des gens, et tout ça, ça fait des histoires. Tout est histoires pour moi, même une religion c’est une histoire, après on y croit ou on n’y croit pas, c’est encore un autre débat, et après on essaye de vouloir faire croire notre histoire à quelqu’un, et quel moyen on emploie? Est-ce que c’est uniquement la séduction, est-ce que c’est l’art de raconter ou est-ce qu’on prend les armes? C’est encore un autre débat ensuite. Et moi, tant que ça reste une histoire, que ça soit une religion ou un poème haïku de 3 phrases, ça m’intéresse et c’est, mon champ d’action il est là, après ça se transforme, avec, en livre, en chanson ou en film ou les 3, mais c’est… voilà, je pense que si il y avait une définition, ça serait raconteur d’histoires.

EC: Ça me paraît parfait. Alors, suite à une grave maladie, tu as publié en 2016 “Journal d’un vampire en pyjama” et dans la foulée un album de Dionysos intitulé “Vampire en pyjama”. Considères-tu l’album de Dionysos comme une adaptation stricte du journal?

MM: Non, non, c’est vraiment 2 objets qui sont connectés mais complétement indépendants. C’est à dire que, je voulais surtout pas que l’un soit l’objet promo de l’autre, ou le parent pauvre de l’autre, c’est à dire que pour moi c’était très important qu’on puisse écouter l’album, si on sait pas ce qui m’est arrivé, si on n’a pas lu le livre, on peut l’écouter comme un vrai album de Dionysos, ou d’ailleurs comme un vrai album de rock’n’roll au sens large. Donc chaque chanson, on peut les écouter seules, on peut les écouter dans le désordre, on peut écouter l’album dans l’ordre et ça fonctionne comme un album en soit. Par contre, si en plus on a lu le livre, y a des connections qui se font et du coup, ça fait un autre niveau de lecture, et c’est pareil pour le livre, il fallait pas forcément connaître les chansons ou avoir les chansons pour pouvoir aprécier le livre. C’est toujours en fait des propositions que je fais, c’est jamais des concepts, c’est à dire que même sur “La mécanique du coeur”, j’avais fait un peu le même genre de choses, avec un livre et un disque qui correspondait, mais c’est toujours à la fois connecté et séparé, c’est à dire que c’est pas, l’un n’est pas cadenassé à l’autre. C’est toujours une possibilité d’entrer dans le projet par différentes portes mais c’est pas une porte qui ferme l’autre.

EC: D’accord pour ce livre et pour ce disque là, la connection comment est-ce que tu l’as créée, c’est à dire, tu as écrit le livre en 1er si je ne me trompe pas…

MM: Bin en fait en même temps, c’est à dire que là pour le coup, ça a été un peu mécanique, parce que j’ai découvert la maladie, le diagnostic, et j’ai commencé à écrire un journal sans savoir si j’allais en faire un livre ou pas. Jusqu’à présent j’avais fait des romans même si certains étaient autobiographiques, en tout cas avec des éléments autobiographiques, j’avais toujours écrit quand même des romans, pas de journal, donc là j’ai commencé à écrit un journal et après j’ai été hospitalisé pour un 1er traitement dans lequel je n’avais pas le droit à mes instruments donc, au tout début en plus du livre, je suis en promo pour le film “Jack et la mécanique du coeur” et ensuite, le jour de la sortie du film je suis rentré à l’hôpital, donc j’ai pas eu le temps d’écrire des chansons, mais par contre j’ai écrit mon journal pendant toutes les 5 semaines d’hospitalisation, les 5 premières, et quand j’ai été ensuite libéré, en attendant la greffe j’ai eu quand même une… ça a duré de mars à octobre donc j’ai eu quand même 6 mois entre les 2 où on cherchait le donneur etc… là j’ai écrit 8 chansons qui étaient évidemment dans la même thématique que le livre parce que c’était vraiment, c’etait mon quotidien et c’était ce qui me tenait à coeur, c’était mon combat, et quand je suis rentré une deuxième fois à l’hôpital pour me faire greffer et bin là, j’ai envoyé les chansons à mon groupe et je leur ai demandé de commencer à travailler pour garder une dynamique, un élan pour moi et pour eux aussi, pas attendre que je termine la greffe et que je me remette pour me remettre à travailler, pour continuer en flux tendu à écrire des choses et j’ai continué en même temps le journal, et j’ai terminé tout ça une fois que j’ai commencé à aller mieux à plus avoir besoin de transfusions et où j’ai pu commencer à sortir etc…

EC: Et donc voilà tu parlais justement de ton diagnostic, en 2013 effectivement on te diagnostique une aplasie médullaire, qui est une maladie du sang, qui t’oblige donc à être interné d’urgence dans un hôpital et à recevoir des transfusions sanguines etc… et tout ça survient juste, comme tu disais à la veille de la sortie de ton film “Jack et la mécanique du coeur”, produit par Luc Besson, travail qui t’a pris 6 ans de ta vie. Là à ce moment là, au lieu de baisser les bras tu engages une sorte de véritable bras de fer avec la maladie et tu finis par l’emporter, tu avais ce caractère de guerrier avant la maladie ou c’est quelque chose que tu as découvert à ce moment là?

MM: Oui j’étais déjà comme ça, mais là je me suis, j’ai dû aller chercher loin, donc, le “soi même” en maladie on le connaît pas tant qu’on a pas… voilà, c’est comme un deuil, c’est comme une rupture amoureuse, c’est comme plein de choses difficiles, c’est une épreuve et tant qu’on l’a pas vécue, on comprend pas, quand c’est arrivé à quelqu’un d’autre vraiment, on peut compatir, être en empathie, mais on comprend pas et on sait pas comment on va réagir, et à chaque situation, c’est différent. Donc il a fallu s’adapter en fait, c’est comme si je me retrouvais dans une terre hostile, dans un endroit dangereux avec des animaux sauvages avec de la difficulté pour manger, avec des difficultés pour se chauffer, j’étais comme un explorateur en terrain extrêmement hostile tout d’un coup, ça s’appelle stérile plutôt qu’hostile, c’est une chambre stérile, mais c’est une chambre hostile, même si c’est une chambre qui protège, c’est aussi une chambre qui isole et sans faire trop de jeux de mots presque qui camisole parce que quand tu sais pas, quand tu sais quand tu rentres mais que tu sais pas quand tu sors, dans un endroit où t’as quelques mètres carrés et que t’as 2 mètres de fil et pas plus qui te connecte à une machine avec un bruit de cafetière toute la journée, il faut arriver à s’adapter pour en pas sombrer et moi c’est vrai que l’écriture de ce livre et de ces chansons, ça a été un repère, une bouée de sauvetage importante. Evidemment, y a avant tout la médecine et aussi l’empathie des proches mais y a aussi des moments où on se retrouve seul, y a des gens qui t’aident mais y a forcément des moments où les visites sont terminées, où il faut attendre que les médicaments fassent effet et là tu te retrouves seul avec ta problématique et là bin il faut sortir les rames quoi. J’ai essayé de sortir des rames un peu magiques.

EC: Justement dans le journal tu rends hommage au corps médical dans son ensemble. En quoi leur rôle a été déterminant dans ta guérison? Un appui un…

MM: Bin oui, à plusieurs niveaux, déjà technique parce qu’ils ont trouvé les solutions qui étaient extrêmement compliquées parce que j’avais pas de donneurs compatibles donc il a fallu faire quelque chose d’assez expérimental, j’ai signé un protocole de soins qui avait seulement été testé 18 fois dans le cadre de ma maladie et qui avait marché 15 fois, donc ça fait quand même un peu, ça fait un peu peur, en même temps c’est joyeux parce que tu te dis bon, bin quoi qu’il arrive, je vais, ça va servir à quelque chose. Parce que quand tu signes un protocole donc, tout ce qui est, tous les examens qu’ils font sur toi, toutes les réactions aux médicaments, tout est gardé, c’est anonyme, t’es le patient XBV12 machin truc, mais tu sers à quelque chose. Et depuis, j’en ai reparlé avec le médecin y a quoi, y a 6 mois, ça a été fait 32 fois et ça a marché à chaque fois du coup.

EC: Ah ouais y a donc quand même eu une sacrée évolution.

MM: Après, les 3 qui n’avaient pas marché, c’était aussi des gens qui avaient un certain âge et qui avaient d’autres pathologies en même temps, où c’était… où ça aurait pu marcher mais malheureusement, ça n’a pas marché, mais c’était quand même très risqué, mais voilà, c’est eux qui ont pris ces risques là, ces décisions qui sont des décisions difficiles à prendre, greffer, pas greffer, quel traitement, quelle greffe, quel type de greffe, c’est… et puis par leur, oui par leur empathie quotidienne comme ce marathon d’empathie qu’il faut délivrer, de pédagogie aussi et, et puis le professeur qui m’a greffé, c’est un coach quoi, et c’est devenu comme un… je le considère comme un membre de la famille maintenant.

EC: T’es toujours en contact avec lui bien évidemment?

MM: Tous les jours, pas tous les jours mais y a pas une semaine qui passe sans qu’on s’envoie 3 ou 4 SMS, alors y a une jolie histoire c’est à dire que lui il m’avait dit bon au jour 100, je vous ferai une confidence, parce que le jour 100 après la greffe, les premiers 100 jours sont assez critiques, y a des risques de rejet assez forts, y a pas mal de choses assez complexes et quand on passe le jour 100 et que les analyses sont bonnes, c’est pas gagné mais disons que une moyenne de franchissement d’une première étape assez importante. Et il m’a dit: au jour 100, je vous dirai quelque chose. Le jour 100 on fait des analyses, ça se passe super bien, il me dit bon, moi en 2004, j’étais batteur dans un groupe et je suis venu vous voir en concert à la fête de la musique, place Denfert-Rochereau à Paris, j’ai adoré et j’étais bourré à votre concert et… le mec est professeur, c’est pas juste un docteur, c’est une éminence quoi. Donc voilà c’est ma confidence des 100 jours. Et je lui ai fait, bin vous savez ce qu’on va faire? Le prochain concert qu’on va faire à Paris, vous allez venir jouer de la batterie avec nous, et donc on a monté Heroes de Davis Bowie, et au rappel au Grand Rex qui est une salle sublime à Paris, avec un ciel étoilé à la place du plafond où y a 2800 personnes, en rappel on a joué Heroes de Bowie avec 2 batteries et j’ai annoncé le greffeur-batteur et y avait 45 infirmières des 2 services qui m’ont traité, invitées dans la salle et il a eu une ovation de rock star et on a fait Heroes de Bowie ça se trouve sur youtube, tapez Dionysos, Grand Rex, Bowie et vous trouvez la version avec, bon c’est filmé avec un téléphone hein, bon c’est un peu roots mais le moment existe oui.

EC: Ah bin c’est super, j’imagine là c’est un souvenir fort pour lui aussi.

MM: Ah oui oui,c’était ultra puissant.

EC: et justement dans le disque vous avez placé une reprise “I follow rivers” est-ce que tu peux me parler de cette chanson qui a une histoire aussi?

MM: oui, en fait l’histoire de cette chanson, c’est qu’avec une des infirmières on parlait souvent musique, film, livres, tout ça,  et un jour on est venu à parler de Lykke Ly qui a fait cette chanson et elle m’a dit “ah j’adore cette chanson” et on s’est mis à parler de cette chanson qui était dans la musique originale d’un film et donc pour lui faire plaisir, bin j’ai essayé de trouver les accords, et des fois quand je jouais dans ma chambre son jeu avec d’autres infirmières quand on jouait de la musique c’était de passer dans le couloir et elle tapait en rythme, même sans rentrer, et un jour j’entendais taper en rythme et j’étais en train de travailler sur une chanson à moi, je sais plus si c’était Hospital Blues ou Chanson d’été, l’une des deux et du coup je me suis mis à jouer I follow rivers, donc elle était super contente “ah c’est génial !” comme ça et tout et je me suis dit ça c’est chouette de la mettre sur l’album parce que pareil, c’est important de faire des trucs pour plein de monde et c’est aussi important de faire des choses pour très peu de monde et du coup je me suis dit cette infirmière quand on va sortir l’album et qu’elle va entendre la chanson sur l’album, elle va être super émue et rien que pour ça, je me suis dit ça vaut le coup.

EC: Tu as su si elle l’avait entendue?

MM: Ah bin oui parce que moi de toute façon je continue à faire des hôpitaux de jour, j’y vais quand même, je m’y rends une fois par mois, plus dans le même service stérile dans un service juste de contrôle mais je monte toujours à l’étage dire bonjour donc…

EC: Alors, le jour où tu as reçu ta greffe, j’ai lu que tu t’étais rendu à l’hôpital en skate, est-ce que c’est vrai déjà?

MM: C’est vrai oui

EC: Et quel souvenir gardes-tu de ce moment?

MM: En fait c’est pas… enfin c’est le jour où je me suis rendu à l’hôpital, parce qu’en fait tu fais un traitement qui dure une semaine avant qui s’appelle le conditionnement où en fait ils te détruisent la moëlle osseuse pour faire place neuve pour la nouvelle, donc c’est chimiothérapie, à des doses assez sévères plus radio thérapie, donc c’est un moment très violent et après, une semaine après quand t’as plus rien, c’est là qu’arrive le jour de la greffe, donc j’aurais pas pu arriver le jour de la greffe. Je suis partie en greffe, allé au service de greffe en skate, et bin c’était un… ma copine avait mis les affaires dans la voiture elle y allait en voiture et moi je suis parti en skate oui et quand je suis arrivé ils m’ont mis le skate dans un sac en plastique et ils l’ont mis dans le placard et quand je suis reparti, bin j’ai ré ouvert le placard avec le skateboard et je suis reparti avec le skateboard, pas en skateboard parce que c’était un peu trop dangereux mais très rapidement j’ai refais du skateboard.

EC: C’est une passion non chez toi aussi?

MM: C’est une passion et en plus c’est une madeleine de Proust, ça veut dire que c’est un truc, c’est une connexion, un truc qui me fait du bien, à l’enfance et aussi voilà y en a qui… et ça me le fait aussi, marcher, c’est inspirant, c’est à dire que t’es sur ton… tu vas un peu marcher et hop, ça remet les idées en place et moi le skate me fait ça aussi.

EC: Ça m’a fait sourire cette anecdote et j’ai voulu savoir si c’était vrai.

MM: oui oui, c’est vrai oui. Tout ce qui est factuel est vrai, c’est à dire que dans le livre, toutes les entrées, c’est à dire que à chaque fois que je dis 18 novembre machin, c’est vrai et en fait j’ai écrit tous les jours mais forcément y avait des redondances que j’ai gardé dans le journal qu’après j’ai taillé comme je taille des choses dans mes romans pour garder ce qui fait vraiment avancer l’histoire et… mais par contre, les entrées et ce que je dis, c’est vrai.

EC: Est-ce que tu peux nous raconter le moment où tu as revêtu pour la 1ère fois tes vêtements et où tu as abandonné définitivement ton pyjama de vampire?

MM: Alors en fait, y a eu 2 moments comme ça. Le 1er moment c’était à Cochin, Cochin c’était le 1er hôpital où j’ai eu pas une greffe mais un 1er traitement qui était déjà très lourd mais qui permettait peut-être d’éviter la greffe, mais qui n’a pas marché, et là en plus c’était vraiment violent parce que ça faisait 5 semaines, j’aurais dû sortir au bout de 3 mais y a eu une rechute de baisse de globules blancs alors que j’étais casiment prêt à sortir et d’un coup, y a eu un vent contraire, je suis resté 15 jours de plus, donc là ça a été un des moments les plus durs pour le moral, vraiment, je savais plus où est-ce que j’átais quoi… et dans cet hôpital là, j’avais pas droit à mes instruments, j’avais pas le droit non plus aux vêtements, donc j’étais vraiment obligé de porter vraiment le pyjama d’hôpital et du coup c’était une grande joie que de remettre un pantalon slim comme celui là et de remettre mon costume de chanteur de rock, c’était une sensation de me réapproprier de moi-même assez forte, et par contre en greffe, je pouvais m’habiller tous les jours, même si j’avais le tube et tous les trucs.

EC: Ça a un côté rassurant peut-être aussi j’imagine?

MM: Mais c’est une dynamique

EC: Une dynamique de normalité peut-être?

MM: Exactement, c’est une dynamique de normalité, c’est très bien dit, c’est exactement ça, ça te permet aussi de ritualiser et de pas te laisser embourber dans le temps qui passe de l’hôpital, parce que finalement, si tu te laisse aller, vu qu’on va rien te demander de machin de spécial et bin, tu peux te laisser, être dans le lit…

EC: Tu t’encroûte quoi

MM: Et c’est terrible, et ça peut aller très vite. Si j’ai eu des moments de déprime, parce que je suis pas infaillible, comme n’importe qui, personne n’est invincible et rapidement tu as le lit qui t’aspire quoi. Alors que moi c’était à partir de la 1ère prise de sang à 6h du matin, je me levais, je faisait mon vélo, je me lavais, je m’habillais, je prenais mon p’tit déj et puis j’allais bosser devant mon écran quoi. Mais y a des jours où j’étais trop fatigué, je pouvais pas, mais tant que je pouvais, je le faisais.

EC: Tu es l’auteur de 6 romans parus avant le journal d’un vampire en pyjama, on retrouve dans l’ensemble de ton travail, que ça soit tes romans ou la musique de Dionysos aussi, et ton film, et tes films d’ailleurs, une dimension surréaliste et poétique, d’où puises-tu cette inspiration, ce langage que tu t’es créé?

MM: Bin c’est du goût et du désir et de l’envie, c’est à dire que je en l’inteluctualise pas plus que ça, j’essaye pas de faire surréaliste ou de faire… je crois que ce qui me plaît le plus, c’est ce qu’on appelle le réalisme magique, c’est à dire que voilà, on est dans une situation normale là tous les 2, on discute et par la porte pourrait arriver un, je sais pas moi, par exemple un écureuil géant et y a le décalage qui se crée. Est-ce qu’il est dangereux, est-ce qu’il parle, est-ce qu’il va nous attaquer, est-ce qu’il va avoir peur de nous? Est-ce qu’il va avoir envie de manger les kinders qui sont sur la table? On sait pas, et cette histoire là m’interesse, elle m’intéresse plus que si on était tous les 2 en train de discuter sur une planète inconnue avec… où tout est déconnecté de la réalité. J’aime en fait le passage entre le réel et l’imaginaire, j’aime ces zones un petit peu floues où tout peut arriver même si je suis un immense fan de Star Wars mais Star Wars repique à la réalité par d’autres moyens mais j’aime en tout cas, je pense que les meilleures histoires de science fiction ou surnaturelles sont pas des histoires d’abstraction du réel, ce sont des histoires de transformation, de sublimation du réel, elles servent à ça, c’est à dire qu’on peut croire que quand on a un imaginaire on veut s’échapper du réel, c’est en partie vrai mais pas seulement, pour moi, c’est aussi, c’est une poétique de combat.

EC: Ça me fait penser aussi aux rêves en fait quelque part parce que les rêves, tu as l’impression quand tu rêves d’être dans la réalité et voilà, l’écureuil pourrait très bien arriver et manger les kinders dans le rêve.

MM: Et puis le rêve fait partie de la réalité aussi, on rêve tous.

EC: Bon pour terminer est-ce que tu peux nous parler des projets sur lesquels tu travailles actuellement?

MM: Oui, alors je continue à faire mon label Eggman Records que j’ai fondé, dans lequel j’enregistre des vyniles dans un siège oeuf chez moi, qui a un son très particulier et qui a le mérite d’être amusant à pratiquer, donc je sors 2 nouveaux disques pour le Disquaire Day en France autour de Pâques quoi, vers le moi d’avril et puis je suis en train d’écrire un nouveau livre qui est en même temps un nouveau film, et en même temps un nouvel album, donc j’écris le script et en même temps le roman et en même temps j’écris les chansons du personnage principal. Ça va s’appeler “Une sirène à Paris” et c’est marrant parce que ça se passe pendant la crue de 2016 et en ce moment à Paris, y a la crue et aujourd’hui, à l’heure où je te parle elle arrive au mème niveau que la crue de 2016 qui est le départ de mon histoire parce qu’une fois qu’elle a baissé la crue, on a trouvé plein d’objets étranges sur les bords de Seine, évidement des troncs d’arbres cassés mais aussi des vieilles valises, des vélos, des poissons morts et moi j’ai imaginé qu’un personnage trouvait une sirène inanimée et qu’il la ramenait chez lui et que il essayait de la soigner, elle était blessée sauf que quand elle se mettait à s’éveiller elle allait lui dire, écoutez, merci de m’avoir sauvé la vie mais il faut me ramener à l’eau le plus vite possible parce que vous avez entendu ma voix et parce qu’en fait quand il l’a trouvée, parce que le personnage qui se promenait et qui allait regarder la crue a entendu une voix un peu mystérieuse, un son attirant et il s’est, c’est comme ça qu’il a trouvé la sirène. Elle lui fait vous avez entendu ma voix et tous les hommes qui entendent ma voix tombent amoureux tellement fort de moi  qu’il font des crises cardiaques en 2 – 3 jours. Tous. Et lui il fait oh là là mais je crains rien du tout, la femme de ma vie m’a quitté l’an dernier donc je suis complétement imunisé face au sentiment amoureux donc moi je vais m’occuper de vous et quand ça ira mieux je vais vous ramener mais je vais pas vous ramener tout de suite parce que sinon… Y a un écureuil géant qui s’est pointé à la fenêtre qui m’a un petit peu déstabilisé, donc je reprends, du coup je sais plus où j’en étais.

EC: Oui donc tu disais que la personne qui l’a trouvé était complètement…

MM: Voilà elle lui dit écoutez, moi je risque rien la femme de ma vie m’a quitté y a un an, donc le sentiment amoureux en me fait plus rien du tout, je suis complètement imunisé, donc je vais vous soigner et puis quand ça ira mieux je vous remettrai à l’eau, je vais pas vous remettre là de nuit, vous êtes blessée, et en fait c’est une histoire d’amour impossible entre les 2, entre cet homme qui va commencer évidement à avoir des symptômes de douleur au coeur et cette inf… lapsus, j’allais dire infirmière, et cette sirène qui pour la première fois a un homme qui en la persécute pas, qui n’essaye pas de la chasser et qui s’occupe d’elle, qui lui fait du poisson pané et qui en meurt pas tout de suite, donc elle va découvrir ce que c’est que le sentiment amoureux.

EC: C’est elle qui va tomber amoureuse.

MM: Bin les 2 vont tomber amoureux l’un de l’autre et vont se mettre l’un et l’autre en danger parce que lui il va avoir de plus en plus mal au coeur, il va devenir extrêmement cardiaque et elle, elle va commencer à perdre ses écailles parce qu’il faut qu’elle vive dans les fonds sous marins quoi. Donc même si il la met dans une baignoire, qu’il lui fait du poisson pané et qu’il lui met un peu de sel dans l’eau, ça suffit pas, donc ils vont devoir évidement se séparer à un moment donné mais je en vous raconte pas la fin et la suite parce que évidement il se passe énormément de choses.

EC: Et bien entendu, on restera attentifs… La sortie? Bon, d’ici un an?

MM: En France, je pense que c’est quelque chose comme octobre si tout va bien.

EC: Ah oui d’accord, 2018 quoi, super. Merci infiniment Mathias et bonne continuation, ça a été un plaisir

MM: Merci à toi, moi aussi, merci beaucoup !